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2016
10
25

Pourquoi faire une diète restrictive, c’est de la merde!

Avant tout, qu’est-ce que j’entends par diète restrictive? Je ne parle pas de la personne qui entreprend d’améliorer ses habitudes de vie et qui décide de manger plus de légumes à ses repas ni de quelqu’un qui veut limiter ses restaurants et cuisiner davantage. Je parle plutôt de la diète où les portions sont minutieusement contrôlées, où plusieurs aliments sont interdits (ou réservés pour un moment spécial: le «cheat») et dans laquelle l’objectif est souvent l’atteinte d’un pourcentage de gras x soit par but personnel, pression sociale ou pour une compétition.

Diète restrictive? Alimentation rigoureusement contrôlée avec objectif la perte de poids ou perte de gras. Plusieurs aliments sont souvent interdits. Ces diètes sont suivies pendant de nombreuses semaines dans l’objectif d’améliorer la composition corporelle (perdre du gras, maintenir ou gagner du muscle). Finalement, elles sont souvent adoptées par des personnes qui n’ont pas réellement de poids à perdre, mais qui veulent atteindre un pourcentage de gras «sur-optimal»; plus faible que ce que leur corps leur permettrait dans des conditions normales.

Le titre de mon article est très subjectif et vous laisse présager l’opinion que j’ai de ces diètes (ou plan alimentaire). En fait, je veux surtout montrer qu’atteindre un bas pourcentage de gras, ce n’est pas si banal. Pour certain(e)s, ce sera seulement le désir d’être «plus cut» qui déclenchera toutes sortes d’habitudes proches d’un trouble alimentaire. Pour d’autres, ce qui devait être une belle compétition de fitness se transformera ensuite en plusieurs mois de relation problématique avec la nourriture et d’épisodes boulimiques.

De plus, vous pourriez vous dire:«oui, mais qu’est-ce qu’il en sait lui des plans alimentaires?» En fait, non seulement j’ai l’expérience théorique en tant que professionnel de la nutrition, mais j’ai en plus l’expérience pratique de ces diètes, comme athlète.

Mon expérience avec les diètes

Je suis athlète professionnel en arts martiaux mixtes et j’ai fait des combats en boxe, kick-boxing, grappling (jiu-jitsu et lutte) et boxe mixte en tant qu’athlète amateur depuis 2009. Une pesée officielle précède chaque combat et les athlètes doivent respecter un poids précis. En comptant mes combats amateurs, j’ai donc fait plus de 35 pesées officielles où je devais respecter un certain poids.

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Pesée à mon dernier combat professionnel

De manière générale, les athlètes visent toujours la catégorie de poids la plus faible pour s’assurer de ne pas être désavantagés par la masse de l’adversaire. Ainsi, un sportif qui pèse environ 195 lb dans la vie de tous les jours risque fortement de prendre un combat à 185 lb voire 170 lb! Au niveau professionnel, les athlètes n’ont pas le droit à un gramme de plus, au risque de remettre 20% de leur bourse à leur adversaire. Inutile de dire que le respect du poids limite est au coeur des préoccupations de tous les athlètes de sports de combat!

Au fil de mes 35+ pesées, j’ai suivi à plusieurs reprises des diètes restrictives dans le but de diminuer mon poids corporel et respecter la limite de poids. Parfois durant de longues semaines (10-12) ou seulement quelques jours. Heureusement, mes connaissances en nutrition m’ont permis de me bâtir des plans alimentaires restrictifs, mais équilibrés, nutritifs et satisfaisants. Finalement, à mes combats professionnels, j’ai toujours respecté la limite de poids sans difficulté et mes expériences de diètes ont toujours été relativement agréables (à comprendre: pas trop pénible). Pas si mal vous me direz? Attendez la suite. Il y a pire.

Les étapes

Les «symptômes» de la restriction se présenteront plus tôt ou plus tard selon le poids de départ, la sévérité de la diète, sa biologie personnelle, etc. Néanmoins, je vous décris sommairement les différentes étapes que l’on risque fortement de vivre en suivant une diète. De plus, ces étapes sont inspirées des sportifs que j’ai suivis en nutrition et certains éléments de mon vécu. Ainsi, elles sont décrites de manière «optimiste»; quelqu’un qui n’a pas accès à un suivi avec un professionnel risque d’avoir des expériences beaucoup plus difficiles.

Étape 1: la lune de miel

0-3 semaines de diète: la diète est nouvelle et le plan est suivi à la lettre. Très souvent, on mange mieux qu’avant le plan (ex.: plus de légumes et fruits, noix, volaille, poisson et moins de produits transformés), alors on se sent en pleine forme! Les résultats commencent même à apparaitre: quelques lb en moins, on est «dégonflé».

État d’esprit: «Wow! J’aurais dû commencer avant»

Étape 2: la persévérance

3-6 semaines de diète: le rythme est toujours bon, mais on anticipe davantage le fameux cheat. C’est aussi arrivé à quelques reprises qu’on se sente coupable de ne pas avoir respecté le plan, mais on a réussi à compenser en s’entrainant plus fort, alors tout se passe bien.

État d’esprit: «Je peux le faire!»

Étape 3: le stress

6-9 semaines de diète: il devient plus difficile de se limiter à ses portions aux repas. Aussitôt que notre portion prévue est consommée, aussitôt que l’on pense déjà au prochain repas. Les sorties au restaurant ou les repas entre amis ou en famille sont difficiles. En effet, il est difficile de s’arrêter de manger et l’on envie la nourriture des autres. Le plan est respecté, mais on pense au cheat plusieurs jours à l’avance. Pire encore, il est arrivé de manger un cheat à une journée où il n’était pas prévu: culpabilité et remord. On se promet de respecter le plan le lendemain, puisque de toute façon, c’est la dernière fois qu’on mange ce genre d’aliments (chocolats, desserts, restauration rapide, friture, céréales …).

État d’esprit: «La vie tourne autour de mon alimentation»

Étape 4: la perte de contrôle

12 semaines de diète et plus: cette étape peut parfois se confondre avec la suivante. Le plan est souvent respecté, mais il y a quelques dérapages. Par exemple, littéralement se goinfrer de… légumes! Pas nécessairement par intérêt, mais plutôt parce qu’on sait qu’on peut en manger beaucoup sans risque de nuire à l’objectif. Ce sont souvent des aliments «autorisés» dans le plan qui seront consommés à outrance. J’ai souvent observé des portions de viande énorme (exemple: 300 à 400g de viande pris dans un repas), des montagnes de légumes (4 à 8 tasses de crudités), etc. Finalement, on tentera aussi de compenser les pertes de contrôle par un calcul supplémentaire visant à maintenir la restriction.

État d’esprit: «Ce matin, j’ai consommé 32g de glucides. J’ai donc encore 8g pour ma collation et si je diminue de 5g au diner je pourrais prendre 2/3 de banane avant mon entrainement, mais je devrais retirer la collation de noix […]».

Étape 5: la période «trou noir»

Après l’évènement sportif ou l’atteinte de l’objectif: ça y est! Finis les restrictions, finis les plans. Enfin, il est possible de manger ce qu’on veut et de se laisser aller. J’appelle cette période le trou noir, car c’est un peu comme ça qu’on se sent: on peut manger encore et encore, sans jamais être rassasié ni satisfait. J’en ai vu de toutes les couleurs à cette étape: «orgie / buffet» de bonbons, sucreries et desserts, multiples visites à des restaurants et fast foods durant la même journée, repas gargantuesques, épicerie complète de malbouffe, manger jusqu’à être trop ballonné pour marcher (au sens propre), crises boulimiques. Cette période s’accompagne d’un gain de poids rapide et majeur. J’ai souvent vu des prises de 10, 15, 20 lb allant jusqu’à 30-40 lb en quelques jours jusqu’à quelques semaines selon le gabarit de la personne. Une explication est, entre autres, une diminution du métabolisme de base (brûle moins d’énergie). Lorsque les apports alimentaires reprennent de façon massive, le poids s’accumule à vitesse grand V.

Étape d’espritJe ne peux pas m’arrêter de manger, même si je n’ai plus faim»

Quelques pièges

  1. «Je vais y arriver, car je suis « solide » mentalement» → NON, la restriction alimentaire déclenche des processus biologiques qui, eux, ont des répercussions sur le mental. À moins de ne pas être humain, vous ne pouvez pas y échapper.
  2. «Une fois que j’aurai atteint mon objectif, je pourrai le maintenir et je serai bien» → NON, si vous avez un problème d’image corporel ou d’estime de soi, il y a de fortes chances que le problème soit toujours présent après. En plus, c’est presque mission impossible de maintenir un poids ou un pourcentage de gras sur-optimal (à moins de se battre à chaque minute, chaque jour, chaque semaine …)
  3. «Mon plan est très bien équilibré, je n’aurai pas ces problèmes» → NON, même chose que le point #1. La restriction enclenche des mécanismes biologiques liés à la perte de poids. Si vous perdez du poids, les symptômes vont apparaitre. Par contre, ceux-ci ne seront peut-être pas aussi fort et n’apparaitront pas aussi rapidement si votre plan est équilibré, nutritif et satisfaisant.
  4. «Je l’ai échappé après ma compétition, mais je vais reprendre un plan immédiatement» → NON, étant donné que la restriction provoque les symptômes, entreprendre un nouveau plan ne fera qu’aggraver la situation.
  5. «C’est la dernière fois que je mange du [chocolat, dessert, friture, …], alors je vais en manger sans arrêt aujourd’hui et demain c’est fini» → NON, je vous dévoile en primeur que vous en re-mangerez! Cette pensée est un piège. Dites-vous plutôt qu’étant donné que vous en mangerez, demain, après-demain et le jour d’après, il n’est pas nécessaire de tout terminer aujourd’hui. Il va y en avoir encore pour la prochaine fois et vous allez en manger à nouveau.

Symptômes «universels» de la restriction énergétique prolongée

Ces symptômes ont été découverts dans une expérience très particulière réalisée chez des militaires il y a plus de 50 ans. Malgré leur fort caractère et leur mental (presque!) à toute épreuve, ces militaires n’ont pu échapper aux symptômes de la restriction. En voici quelques-uns:

  • Grandes préoccupations concernant l’alimentation et les repas;
  • Obsession de la nourriture;
  • Instabilité émotionnelle et changement de l’humeur (épisodes d’anxiété ou de dépression);
  • Tendance à s’isoler socialement.

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Morale de l’histoire

Tôt ou tard, dans l’atteinte d’un poids ou pourcentage de gras sur-optimal, vous aurez à dealer avec des comportements alimentaires particuliers, à la limite ou clairement associés à un trouble alimentaire. Des symptômes très caractéristiques de la restriction vont se manifester. Si vous désirez quand même faire cette expérience, de grâce, demandez l’aide d’un professionnel qualifié (pas formé à l’école de la vie) qui saura vous accompagner en toute sécurité. Avoir l’aide d’un professionnel peut réellement faire la différence dans votre qualité de vie durant cette expérience. Finalement, il est possible d’éviter le dérapage des étapes 4 et 5 avec des stratégies et un suivi approprié. N’attendez pas de perdre le contrôle avant de demander de l’aide.

Auteur : Didier Brassard