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2018
03
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«Bien oui, j’ai le droit de manger du gâteau»

Vous a-t-on déjà fait des commentaires sur vos choix alimentaires au restaurant? À un souper? Peut-être étiez-vous celui ou celle qui faisait la remarque.

«Ah ouin, tu te permets ça, toi?»

«Je ne savais pas que t’avais le droit de manger ça»

«Tu te relâches, héhé ;) »

Ou pire encore, des commentaires faits directement sur votre poids corporel ou votre apparence :

«As-tu pris du poids récemment?»

«Ça te fait bien d’avoir maigri!»

«Câline, t’as pris du poids depuis qu’on s’est vu!»

… Lourd, n’est-ce pas?

Saine alimentation? Un concept mystérieux

En fait, ces commentaires me font penser que le concept de saine alimentation est encore vague. Évidemment, la définition d’une saine alimentation est variable d’une personne à l’autre. Pour une athlète, ce sera peut-être de consommer suffisamment d’énergie pour s’entrainer. Pour un homme qui se remet d’un arrêt cardiaque à 40 ans, ce sera peut-être d’arrêter les boissons sucrées. Pour une femme enceinte, ce sera peut-être de consommer les aliments les plus nutritifs pour son bébé. Néanmoins, peu importe ce qu’est VOTRE saine alimentation, vous jouez avec un certain degré de flexibilité.

Flexibilité alimentaire? À l’opposé de la rigidité, la flexibilité est le concept que l’alimentation ne soit pas noire ou blanc. Il est possible d’avoir une saine alimentation, mais de consommer des aliments moins nutritifs à l’occasion. Ces écarts occasionnels ou exceptionnels sont souvent liés aux aspects plaisirs ou culturels qui font partie d’une saine alimentation.

Que se passe-t-il lorsque votre alimentation n’est pas flexible, donc rigide? En fait, voir l’alimentation en noir ou en blanc (bon / mauvais, permis / interdit, clean / cheat) est un comportement qui augmente vos chances de perdre le contrôle lorsque vous êtes exposé à des aliments «interdits». On appelle cela la désinhibition. Si vous vous êtes déjà dit quelque chose comme :

«Ah, pis fuck off. J’ai déjà gâché ma journée, autant manger __________ au complet. Je recommencerai mon plan demain. »

 Votre contrôle rigide vous a joué un tour. En ayant consommé un aliment jugé interdit, vous avez le sentiment d’avoir échoué votre tâche (le plan) et donc, qu’il vaut mieux reprendre demain, puisque «tout est gâché». Or, ce raisonnement, classique lorsque l’on exerce un contrôle rigide sur son alimentation, ne fait pas de sens. En comparaison, c’est comme si à la première bosse sur sa voiture neuve, on se disait:

*Accroche sa voiture quelque part * «Ah, pis fuck off. J’ai déjà gâché ma voiture neuve, autant faire des pocks partout. Je recommencerai avec ma prochaine voiture.»

Cela semble ridicule. Pourtant, il s’agit du même concept qu’avec l’alimentation.

Bref, se battre contre la nourriture jour après jour est épuisant. Je ne parle pas ici de manger plus de légumes ou s’assurer d’avoir des repas équilibrés. Je parle du contrôle constant, systématique et excessif de tout ce qu’on mange dans le but de perdre du poids de façon sur-optimale. De plus, voir l’alimentation en noir et blanc risque fortement de nuire à une saine relation avec la nourriture. En savoir plus sur les diètes restrictives.

L'alimentation ne se décide pas en terme de bon / mal.

L’alimentation ne se décide pas en terme de bon / mal.

Je ne dis pas qu’il est obligatoire de manger du junk food pour avoir une saine alimentation. Mais, supposons que vendredi soir vous avez envie de manger une pizza. Qu’est-ce que ça change? On peut même ajouter des légumes et obtenir quelque chose de plus nutritif. C’est l’été et vous avez envie d’un cornet de crème glacée après le repas. Pourquoi ne pas faire une marche et y aller entre amis? Avoir un certain degré de flexibilité dans son alimentation est très important.

Un bon exemple d'une flexi-pizza: ajouter des légumes pour profiter d'un aliment occasionnel, mais en le rendant plus nutritif.

Un bon exemple d’une flexi-pizza: ajouter des légumes pour profiter d’un aliment occasionnel, mais en le rendant plus nutritif.

Lecture complémentaire (pour une autre fois) : améliorer la qualité de son alimentation

Pour revenir au jugement

Donc, quel est le lien avec les commentaires sur les repas?

D’abord, il faut savoir que plusieurs personnes doivent composer avec des troubles alimentaires / relation difficile avec la nourriture / stress au moment des repas, et ce, quotidiennement, plusieurs fois par jour! Ainsi, un commentaire anodin peut devenir une véritable flèche blessante.

Ensuite, même chez ceux ayant une bonne relation avec la nourriture, qu’est-ce que ça change, ce qui est mis dans l’assiette à un moment précis? Les jugements portés sur des choix moins nutritifs sont peu pertinents. C’est comme dire que l’aspect plaisir de manger n’est pas compatible avec une saine alimentation.

Finalement, pourquoi juger un choix aussi personnel comme l’alimentation? Vos choix alimentaires sont votre affaire et pas celle des autres. Juger les choix alimentaires est comme juger le choix d’une couleur de voiture, de vêtements ou encore le choix d’un groupe de musique.

«Ah ouin, tu te permets la voiture bleue?»

«Tu portes ça du blanc, toi?»

«Je savais pas que t’écoutais encore Eminem.» (Oh que si).

Soyons mature, SVP!

Et pour le poids corporel?

Je comprends que certains pensent réellement bien faire en mentionnant la prise ou la perte de poids à quelqu’un. Mais, est-ce vraiment une bonne action? Pas tout à fait!

Une revue d’études a montré que la perception d’être en surpoids augmente les chances d’essayer une méthode afin de perdre du poids. Jusque-là, pas si mal. Cependant, les données montrent que les gens tenteront de perdre du poids, peu importe que la méthode soit saine ou malsaine. En plus, la perception de surpoids est associée avec des troubles alimentaires pour certains et, même, la prise de poids au fil du temps. Il suffit de penser aux fameuses diètes miracles.

Restriction sévère → Perte de poids → Difficulté à maintenir les habitudes extrêmes → Reprise du poids → Sentiment d’échec → Restriction sévère… Et on recommence!

Il faut aussi garder en tête que perdre quelques kilos ne rend pas plus heureux et c’est plutôt le contraire qui se produit lorsque la relation avec la nourriture se détériore. Certes, dans une optique de remise en forme et d’amélioration des habitudes de vie, il est possible et souhaitable de diminuer son tour de taille, par exemple, pour améliorer sa santé. Certaines personnes arrivent à bien gérer leur alimentation plus limitée et à maintenir un poids plus faible. Néanmoins, si cette perte doit se faire au détriment d’une relation saine avec la nourriture, est-ce que cela en vaut vraiment la peine? Peut-être pas. Surtout lorsqu’on sait que la perte de poids n’est pas obligatoire pour améliorer sa santé grâce à l’alimentation et à l’activité physique!

En une phrase, se concentrer sur le poids fait souvent plus de mal que de bien.

Oubliez_poids

En conclusion

L’alimentation est un choix personnel qui comprend nécessairement un certain degré de flexibilité. Juger un choix personnel n’est pas constructif et risque de faire plus de mal que de bien, surtout si cela concerne le poids et l’image corporelle. Bougez et mangez sainement pour le plaisir. Pas pour le poids, mais parce que ça fait du bien!

Didier Brassard, DtP M.Sc PhD (c)

Référence

Pourquoi dire à quelqu’un qu’il ou elle a pris du poids n’est pas une bonne chose

Haynes A, Kersbergen I, Sutin A, Daly M, Robinson E. A systematic review of the relationship between weight status perceptions and weight loss attempts, strategies, behaviours and outcomes. Obes Rev. 2018;19(3):347-363.

Auteur : Didier Brassard

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