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2017
03
11

Ma première étude scientifique

Je suis très excité de vous partager une récente publication parue dans l’American Journal of Clinical Nutrition qui s’intitule Comparison of the impact of SFAs from cheese and butter on cardiometabolic risk factors: a randomized controlled trial. Ce qu’il y a de particulier cette fois, c’est qu’une collègue et moi sommes les auteurs principaux de cette étude unique! Évidemment, ce travail colossal fut soutenu par une grande équipe et ce serait arrogant de prendre tout le mérite ;) 

C’est une chose de lire une étude et de la commenter, mais il en est tout autre d’en réaliser une et de la publier dans un journal scientifique. Pour vous donner une idée, les 10 pages que vous pouvez lire dans ce journal ont nécessité plus de 4 ans d’effort, plusieurs centaines de milliers de dollars, des centaines d’heures de travail, l’implication de plus de 100 participants. Bref, ce n’est pas la même game qu’un partage sur Facebook ou écrire un article de blogue.

L’étude 

Étude: le premier objectif était de comparer les effets de diètes riches en gras saturé du beurre et du fromage sur des marqueurs de risques de santé cardiovasculaire. Le deuxième objectif était de mettre ces effets en perspective versus des diètes riches en gras mono- (huile d’olive) et polyinsaturés (huile de maïs) ainsi qu’une diète faible en gras (glucides);

  • Diètes à l’étude: Fromage, Beurre, Mono, Poly, Glucides (voir image)
  • Marqueurs de risque examinés: lipides sanguins (HDL-cholestérol, LDL-cholestérol, apolipoprotéine B, triglycérides), tension artérielle, inflammation, glycémie, insuline, indice de résistance à l’insuline.

Randomisée: des séquences aléatoires de diètes ont été attribuées aux participants;

Contrôlée: 3 repas + 1 collation ont été remis à tous les participants qui devaient consommer en entier les repas fournis, chaque jour, pendant chaque diète (5×4 semaines au total) sans possibilité de consommer de l’alcool (même aux 5@7, même la fin de semaine!), PAS d’autres aliments, ni breuvage calorique. De plus, les participants ont maintenu un poids stable et devaient rester fidèles à leurs activités physiques;

Chassé-croisé: signifie que chaque participant devait compléter chaque diète;

Multicentrique: des participants de Québec (la majorité provenait de Québec) et du Manitoba ont été recrutés.

Notre étude est la plus grande, réalisée à ce jour, comparant les effets du beurre et du fromage et aussi la première à comparer des diètes riches en ces aliments à plusieurs autres diètes (riches en d’autres gras et même une diète faible en gras)

Methods

Quantité de gras à l’étude pour chaque diète par 2500 calories fournies

Résultats

Voici un sommaire express de ce que nous avons trouvé:

  1. Les gras saturés du fromage et du beurre ont des effets similaires sur le «bon» HDL-cholestérol, mais différents sur le «mauvais» LDL-cholestérol. Le beurre augmente davantage le LDL-cholestérol malgré une teneur similaire en gras saturés;
  2. L’augmentation du LDL-cholestérol par le beurre, comparée au fromage, est plus grande chez les individus avec des concentrations de LDL-cholestérol plus élevées avant de commencer le projet;
  3. Les gras alimentaires (AGS, MONO, POLY) n’ont pas d’effets sur les marqueurs de risques non lipidiques (tension artérielle, inflammation, «santé» de la glycémie; lorsqu’ils sont fournis dans le but de maintenir le poids corporel stable sur 4 semaines).

Considérations

Notre étude apporte des éléments nouveaux sur des questions importantes:

La source alimentaire des nutriments peut avoir des effets importants sur les marqueurs de risque.

Nous avons trouvé que les gras saturés consommés sous forme de fromage ont des effets moindres sur les concentrations de LDL-cholestérol par rapport à ceux consommés sous forme de beurre, malgré une teneur similaire en gras saturés. Puisque le profil des gras est similaire entre le beurre et le fromage, il y a forcément une interférence. Cette interférence doit être considérée lors de l’évaluation des effets de l’alimentation.

Pourquoi? La «matrice alimentaire» est importante. «L’enveloppe» entourant les nutriments influence leurs effets sur la santé. Cet effet est potentiellement dû à une digestion différente, la présence de minéraux (calcium, potassium) ou la présence de membrane autour des particules de gras (dans le fromage).

MatriceCheeseButter

Dit autrement, notre étude montre qu’à quantité égale de macronutriments (ici, gras saturés du beurre et du fromage), deux aliments similaires peuvent avoir des effets différents sur des marqueurs de santé. Bien que cela semble intuitif (aliments différents = effets différents), peu d’études ont validé cette hypothèse.

Cette découverte me rappelle drôlement des informations que j’ai déjà partagées sur l’effet des glucides. Glucides sous forme de fruit? Effets bénéfiques. Glucides sous forme de boissons gazeuses? Effets néfastes.

CHOfoods

De plus, cette observation supporte l’idée que toutes les calories n’ont pas des effets égaux sur la santé.

Caractéristiques des individus

Une autre découverte importante de notre étude est que le cholestérol sanguin des individus influence la réponse à la source alimentaire. Nous avons observé que les individus avec des concentrations plus élevées avant de commencer notre intervention ont eu une augmentation plus marquée de leur LDL-cholestérol avec le beurre par rapport au fromage. En d’autres mots, la différence entre les deux fut plus importante.

Beurre ou fromage?

Plus spécifiquement, vous, chers lecteurs, pourriez me demander quel aliment il est préférable de consommer étant donné que notre étude évaluait en quelque sorte cette question.

D’abord, il faut penser que l’on fait rarement des substitutions de cette nature «dans la vraie vie». Par exemple: «je ne prendrai de fromage en collation, je vais plutôt boire 15ml d’huile d’olive». Ou encore: «me passerais-tu l’huile de maïs pour mes toasts?» Ça ne fait pas vraiment de sens. Ensuite, il faut considérer que dans notre étude, les aliments fournis furent pesés au dixième de gramme près. Donc remis en quantités extrêmement contrôlées aux participants. Ce contexte n’est pas celui de la vie réelle.

Le fromage apporte des nutriments et des protéines qui auront des effets intéressants sur la satiété (se sentir plus «remplis»). Il s’agit d’un avantage non négligeable par rapport au beurre. À cela s’ajoute notre observation que la «matrice» limite les effets des gras du fromage sur les gras dans le sang. Bref, à faire un choix, le fromage me paraît plus intéressant!

Conclusion

Nos résultats renforcent l’importance de considérer la source alimentaire et les aliments entiers (plutôt que les nutriments seuls) quand vient le temps d’examiner les effets de l’alimentation sur la santé. De plus, nous avons montré que les caractéristiques des individus sont importantes dans la détermination de l’effet des aliments = il faut individualiser les recommandations.

Références

Brassard D, Tessier-grenier M, Allaire J, et al. Comparison of the impact of SFAs from cheese and butter on cardiometabolic risk factors: a randomized controlled trial. Am J Clin Nutr. 2017;

Auteur : Didier Brassard