Chargement...
2015
08
15

Le régime paléolithique: la solution à nos problèmes de santé?

Messages clés

  • Une nouvelle étude confirme des bienfaits de manger «paléo»;
  • Le régime paléo améliore (habituellement) la qualité de l’alimentation de ceux qui l’adoptent;
  • Une alimentation de meilleure qualité = une meilleure santé;
  • Il existe d’autres façons d’améliorer la qualité de son alimentation et manger «paléo» n’est pas la meilleure.

Le régime paléolithique est très populaire; ses mérites sont vantés par de nombreuses vedettes et plusieurs livres affirment qu’il s’agit d’une solution presque magique à toutes les maladies actuelles : maladies cardiovasculaires, obésité, diabète et plusieurs autres. La plupart des avantages proposés en faveur de cette alimentation n’étaient pas (ou faiblement) appuyés par des données scientifiques, mais certaines études ont été réalisées au fil des années.

La plus récente de ces études dont la parution se fera le mois prochain dans le Amercian Journal of Clinical Nutrition a confirmé quelques bienfaits associés au régime paléolithique. Entre autres, les auteurs affirment qu’adopter une alimentation paléolithique permettrait un meilleur contrôle du syndrome métabolique plutôt que de suivre les recommandations «habituelles» en nutrition, du moins, à court terme.

Le syndrome métabolique est un ensemble de perturbations métaboliques qui incluent un tour de taille élevé, une glycémie à jeûne élevée, des niveaux de triglycérides élevés (un «gras dans le sang») et un cholestérol HDL bas («bon» cholestérol). Ces perturbations sont associées à plusieurs maladies chroniques (maladies cardiovasculaires, diabète, etc). Bref, il est souhaitable de ne pas avoir de syndrome métabolique pour vivre longtemps et heureux.

Qu’est-ce que cette étude apporte de nouveau?

En général, les recherches sur l’alimentation paléolithique ont peu de participants et sont de mauvaises qualités (manque de fonds, pas assez de participants intéressés, etc). Il est donc difficile de tirer des conclusions sur l’efficacité d’un tel régime. Or, cette nouvelle étude regroupe les meilleures interventions conduites jusqu’à maintenant sur l’alimentation paléolithique et combine leurs résultats.

De quel genre d’étude s’agit-il? C’est la première fois qu’une revue systématique / méta-analyse (un regroupement d’études) est publiée au sujet du régime paléo. Ce genre d’étude est intéressant, car il permet de combiner les résultats de plusieurs autres recherches selon des critères précis. Par contre, la qualité des conclusions dépend directement des études sélectionnées. Plusieurs mauvaises études donnent de mauvaises conclusions et vice-versa.
Dans le cas de cette revue systématique, les résultats de quatre études d’intervention furent combinés. Ces études d’intervention visaient à comparer le régime paléolithique aux recommandations habituelles pour l’amélioration de différents marqueurs du syndrome métabolique.

Type d’aliments consommés

À quelques différences près, les sujets assignés au régime paléo ont été avisés de consommer des aliments non transformés, de la viande, du poisson, des oeufs, des légumes, des fruits et des noix, en quantités variables. Les grains et les produits laitiers sont proscrits.

D’un autre côté, les sujets assignés aux recommandations habituelles («guidelines») ont été avisés de consommer davantage de produits céréaliers, de produits laitiers faibles en gras et de réduire les gras saturés dans leur alimentation. De plus, les huiles végétales raffinées et les aliments transformés furent généralement permis.

Résultats principaux

Les participants assignés à une alimentation paléolithique ont davantage diminué:

  • leur circonférence de taille
  • leurs niveaux de triglycérides
  • leur tension artérielle (tendance)

… que les participants ayant reçus des recommandations alimentations habituelles.

Cependant, aucune différence ne fut trouvée pour la glycémie à jeûne ni les niveaux de cholestérol HDL (bon cholestérol).

En somme, ces améliorations sont importantes. En ce qui concerne le tour de taille, les sujets qui ont mangé paléo semblent avoir perdu en moyenne 1 pouce (plus précisément, 2.38cm) de plus que les autres pour la même durée d’intervention. Sachant que le tour de taille renseigne énormément, à lui seul, sur le risque de trouver du gras près de ses organes (le gras viscéral, associé aux complications métaboliques et aux maladies chroniques), une telle diminution est considérable.

Devrait-on manger paléo pour une meilleure santé?

Pas nécessairement, car plusieurs limites importantes viennent diminuer l’importance de ces résultats.

Problème #1: Interventions à court terme

Cette analyse se base sur des données à court terme, soit des études ayant eu une durée entre 2 semaines et 6 mois. Bien que ces résultats soient intéressants, les maladies chroniques se développent sur des décennies et les améliorations à court terme ne sont pas toujours gages d’une meilleure santé en fin de compte. De plus, bien que la plupart des gens puissent adhérer à un régime populaire durant quelques mois, les restrictions finissent souvent par devenir trop difficiles à suivre au quotidien.

Comme bien des sujets en nutrition, il faudra voir des études à moyen ou long terme (plus d’un an) pour confirmer les bienfaits observés et valider si la population peut adhérer à un tel régime plus longtemps!

Problème #2: Peu de participants

L’analyse finale inclut 159 participants (et encore moins pour les variables importantes). Malgré que ces études d’intervention soient valides et ne requiert pas des dizaines de milliers de personnes, ce nombre de participants est insuffisant pour tirer des conclusions adéquates et recommander paléo à vos parents, vos amis, etc.

Problème #3: Comparaison douteuse

Les résultats de l’étude ne sont pas surprenants en soi. Les sujets qui furent assignés aux groupes «recommandations habituelles» ont été avisé de consommer davantage de produits céréaliers (probablement transformés), de produits laitiers faibles en gras (= riches en sucres) et moins de gras saturés (généralement synonyme de plus de sucres en compensation). Les aliments transformés étaient aussi permis (plus riches en gras, en sucres ajoutés et en sel)! 

Ce genre d’alimentation ne correspond plus à ce qui est recommandé pour une meilleure santé. D’ailleurs, les plus récentes lignes directrices américaines recommandent de consommer davantage de:

  • légumes & fruits;
  • noix & graines;
  • poisson & fruits de mer;
  • grains entiers et légumineuses;

À l’exception des grains entiers et des légumineuses, ces recommandations sont drôlement paléos ;)

Mot de la fin

Qui sera surpris d’entendre que consommer majoritairement des produits non transformés, plus de légumes, de fruits, de noix, de poisson et davantage d’aliments qui sont de bonnes sources de protéines permettra d’atteindre une meilleure santé? En effet, ces aliments sont associés à une meilleure santé et les aliments riches en protéines ont plusieurs avantages bien connus.

Alors pourquoi un tel engouement pour ce régime? Le nom «paléolithique» est peut-être plus invitant que «saine alimentation». Les instructions sont peut-être plus faciles à suivre. Si «manger paléo» vous plait et la qualité de votre alimentation s’améliore, pourquoi pas?

Par contre, il ne s’agit pas de la seule manière de manger sainement. Les restrictions que le régime impose sont potentiellement difficiles à maintenir et ne sont pas toujours justifiées par de la science, comme la recommandation d’éliminer la totalité des grains entiers et des produits laitiers.

En somme, une alimentation de meilleure qualité a de nombreux avantages, peu importe de quoi elle est inspirée.

Y a-t-il de la science pour d’autres régimes, plus intéressants? Les résultats d’une intervention visant à étudier l’alimentation méditerranéenne furent publiés en 2013. L’étude réalisée sur près de 6500 sujets a duré environ 6 ans et a trouvé de nombreux avantages (entre autres, une diminution importante du risque de maladies cardiovasculaires). Ces données sont beaucoup plus solides que tout ce qui fut publié sur le paléo jusqu’à maintenant. L’alimentation méditerranéenne n’a rien à envier au paléo ;)

Didier Brassard, Dt.P
Candidat à la maîtrise en nutrition

Références

Alimentation paléolithique et syndrome métabolique

Manheimer EW, Van Zuuren EJ, Fedorowicz Z, et al. Paleolithic nutrition for metabolic syndrome: systematic review and meta-analysis. Am J Clin Nutr. 2015; [Published ahead of print].

Alimentation méditerranéenne

Estruch R, Ros E, Salas-salvadó J, et al. Primary prevention of cardiovascular disease with a Mediterranean diet. N Engl J Med. 2013;368(14):1279-90

Recommandation américaine 2015

Health.gov. Scientific Report of the 2015 Dietary Guidelines Advisory Committee, partie D chapitre 2. Disponible en ligne. [Visité le 17 juillet 2015]

Auteur : Didier Brassard